Citer

Toute écriture est collage et glose, citation et commentaire.
Dans les sociétés modernes, les textes - notes, articles, livres, page web, etc. - foisonnent. Tout auteur, dépendant de toute cette littérature contemporaine et aussi de toute la production antérieure, est amené à se positionner, explicitement ou non, par rapport aux autres : il reprend, traduit, analyse, critique ou commente les écrits liés à son ouvrage. Chacun d’eux est cité, plus ou moins littéralement, voire à peine évoqué, peut être même non signalé. Si le but est bien identique (produire une œuvre nouvelle) ces différentes techniques ont-elles toutes le même sens ? L’ambition est ici de présenter deux d’entre elles : la traduction et la citation implicite, illustrées d’exemples liés au monde chinois.
Définissons la citation comme la “répétition d’une unité de discours dans un autre discours”, la reproduction d’un énoncé (le texte cité) extrait d’un texte d’origine pour être introduit dans un texte d’accueil. Si cet énoncé reste lui-même inchangé du point de vue de sa forme concrète, le déplacement qu’il subit modifie le sens de son contenu et produit une valeur neuve. Cette transformation affecte tout à la fois le sens du texte cité et celui du texte d’accueil où il se réinsère. Si la citation demeure à l’auteur initial que l’on peut lire à travers elle, elle fait également partie du nouveau texte qui, l’intégrant, en est une récriture. La modification du texte cité est d’autant plus conséquente que celui-ci est court et sa dépendance au contexte - environnement textuel immédiat, mais aussi culturel - est grande. La résolution de cette difficulté est loin d’être triviale : cela suppose de l’auteur citant qu’il ait pleinement conscience de ce qu’il sait ainsi que de ce que le lecteur ne sait pas ou des interprétations qu’il pourrait faire. Autres articles de la même série :